Foulées de Vincennes

Foulées de Vincennes : le braquage de l’année

Première course programmée de l’année, les Foulées de Vincennes, ou 10k hyper roulants bien propices à aller battre le RP. Tradition oblige, ça vaut bien un petit compte-rendu aux oignons de ce premier rendez-vous de la saison. Au bout d’un moment sans avoir peaufiné de nouvel article, j’avais bien hâte de reprendre la plume (enfin le clavier) pour vous conter d’autres péripéties.

Alors, oui, c’est bien beau tout ça, mais comment rendre passionnant un modeste 10k, une promenade du dimanche me direz-vous, à côté d’un marathon au bout de l’épuisement ou encore d’un ultra-trail la nuit dans la boue ? Eh bien parce qu’un 10k c’est bien plus rapide, et bien plus intense, de quoi vivre une foule d’émotions, de doutes et de coups de pieds au cul pendant ces (spoiler alert) 36min34. Un 10k c’est une lutte de gladiateurs entre ton envie de lâcher du lest pour soulager tes cuissots et ton cœur endoloris, et ta hargne d’aller te dépasser au-delà de toute raison.

Genou à terre

Au bout de 2 mois sans course, il était temps d’aller renouer avec la performance, retourner épingler un dossard, retrouver le goût du sang et du dépassement de soi. Un premier objectif marqué d’une grande croix sur le calendrier, qui en a toutefois vite pris un bon coup dans le nez. Ces 2 derniers mois ayant en effet été marqués par… la blessure. Une nuit dans la boue et sous la pluie, ça use, ça use. Et pas seulement les souliers, mais aussi les genoux. Enfin un, le droit, le pas gentil, qui m’avait déjà causé bien des soucis jadis.

Une belle tendinite de l’aileron interne de la rotule droit. Ça c’était pour l’aspect médical. Dans la pratique, une douleur sur le côté de la rotule, qui m’aura fait boiter certains jours et me tenir à la table pour me relever, qui m’aura réveillé pas mal de fois dans la nuit, m’aura empêché de m’entraîner et de courir comme je le voulais, m’aura fait découvrir le gentil chatouillement des ondes de choc, m’aura obligé à accorder de longs têtes à têtes à mon genou avec une poche de glace 2 fois par jour, ambiance pôle cryo permanent. De la joie, de la bonne humeur.

Forcément, entrainement ralenti, plusieurs semaines sans mettre les baskets, une foulée à petite vitesse pour reprendre, une préparation avortée avant même d’avoir commencé. Ça le fait quand même pas trop pour aller battre son record tout ça.

Ne rien lâcher

J’en ai profité pour faire des kilomètres, beaucoup de kilomètres, en courant, mais aussi en piscine et à vélo. De folles soirées à faire du renforcement musculaire, encore et encore (squats pour des fessiers en acier pour l’été, tmtc bébé). Des douleurs, des moments de doute, mais une volonté intacte de tout faire pour ne pas perdre de temps et guérir au plus vite.

Et ça revient petit à petit, l’allure sans douleurs augmente, vite, très vite même. Les fractionnés sont enfin de nouveau à l’ordre du jour à peine une petite semaine avant l’échéance. Autant vous dire que ça fait court. Mais il s’avère que je n’ai peut-être pas trop mal géré la partie convalescence et reprise, parce que la vitesse que j’arrive à tenir est loin d’être mauvaise. J’ai un peu perdu, mais ai su garder une bonne masse musculaire et un cardio pas trop dégueu grâce à mes efforts de tous les instants.

Puisque c’est ainsi, on va y aller à fond alors, aller faire mal au cardio, et un peu aussi au genou s’il le faut, aller chercher une performance inespérée, un nouveau record personnel sur la distance. Je m’aligne donc le jour J plein de confiance (pas là pour cueillir des myrtilles, pourtant c’est bon les myrtilles). Je suis accompagné de mon frère Vincent, parti dans le SAS -50 min, et de mon autre frère Cyrille en spectateur. La family est réunie sur une course pour une fois, il y a pas intérêt à juste faire de la figuration.

Embouteillages parisiens et jambes qui piquent

Foulées de Vincennes

Crédit Photo : Anwar / Donjazou

3 février, encore un jour se lève sur le bois de Vincennes, je sors doucement de mon échauffement je rentre dans le SAS. Le départ est donné, un beau paquet de coureurs entremêlés luttent pour se dégager un peu d’espace et filer vers leur rêve. Le premier kilomètre est ainsi marqué par des phases d’accélération et de décélération, au rythme des espaces disponibles. Pas possible de trouver un rythme constant dans ce beau méli-mélo. Je profite de mes capacités de runner tout terrain pour aller là où personne n’ose, me glisser dans les bas-côtés de boue pour filer et dépasser le plus possible sur quelques dizaines de mètres. Je passe sur les trottoirs, me faufile entre deux coureurs, et profite d’un élargissement au bout d’un bon kilomètre pour enfin trouver une place plus confortable et me caler sur un meilleur rythme.

Je continue ainsi sur un rythme de 3’40 au kilomètre, l’allure que je me suis fixé au vu de la forme du moment et de l’objectif de passer sous les 37 minutes. Mais je sens bien que quelque chose coince. Clairement plus assez d’entrainement à ce rythme, la machine n’est plus bien huilée. Au bout de 3 kilomètres, je sens les jambes déjà se faire lourdes, trop lourdes, trop tôt. Pas ça, pas maintenant, pas après tout ce que tu as fait. 3 kilomètres, et déjà trop de lactates prématurément dans les jambes, ça va être très dur de tenir ainsi jusqu’au bout. Petit coup au moral mine de rien. J’en viens même imperceptiblement à lâcher un peu le rythme. Je regarde ma montre : je suis descendu à 3’45 au kilomètre. Pas bon ça. Non mais oh, t’es pas venu là pour faiblir comme ça là, tu vas te bouger le cul et rien lâcher, bordel !

Des hauts et des bas

Foulées de Vincennes

Crédit photo : Ilyas Toumlilt

Je réaccélère, reviens sur un rythme plus adéquat. Je vois les supporters Adidas Runners et mon frère sur le côté, coup de pied au cul supplémentaire pour se relancer. On approche de la moitié du parcours, et avec cela l’arrivée des très longues lignes droites. 2 kilomètres de léger faux plat montant, 2 kilomètres de léger faux plat descendant. Alors on serre les dents, on ne lâche rien, et on pousse encore davantage sur les jambes pour tenir. C’est dingue comme le moindre pourcentage de montée anecdotique se ressent quand on court à une certaine vitesse. Je peine dans la « montée », mais ne lâche rien, fixe l’horizon, montre les dents, désireux d’aller chercher un beau combat. Et ça marche : je regarde la montre et je vois qu’en fait j’ai une allure légèrement plus élevée qu’avant à force de me pousser dans mes retranchements.

Soudain, virage, et on repart dans l’autre sens. Et là c’est une toute autre histoire. Ca « descend ». Alors on lâche les chevaux et tout devient plus facile. Avoir un bon rythme tout en en gardant un peu sous le pied pour la fin. La longue ligne droite se passe nickel, easy peasy. Un grand sourire devant les photographes, un coucou aux supporters de AR Bastille, et revoilà un nouveau virage pour se lancer sur les derniers 1,5 kilomètre.

Foulées de Vincennes

Crédit photo : Cyrille Dheilly

Un final qui fait tourner la tête et le cœur

Et là retour sur le plat total, avec nombre de virages. Problème, j’ai instinctivement accéléré devant les supporters en fin de descente, si bien que j’ai un peu le souffle coupé en quittant cette confortable ligne droite. La fin se fait plus dure, le souffle est plus âpre, le cœur plus insistant, il tambourine, se fâche contre un effort qu’il n’avait pas demandé. La typologie du dernier kilomètre n’aide pas, quantité de virages, parfois dans la terre, qui forcent à casser le rythme, ralentir pour accélérer, avec ses effets sur le cardio.

Les mètres s’écoulent, on se rapproche. Je regarde la montre, voit juste l’allure, qui est encore correcte, mais n’arrive pas à estimer mon temps final. Je sais juste que je dois être dans les clous. J’ai tenu le rythme voulu du début à la fin. Ça doit le faire, il le faut. Quelques derniers coups de hanche sur le cours Marigny, les derniers virages, les dernières foulées, un dernier sprint. Et je franchis enfin cette arche d’arrivée, sur un temps de 36min 34. Plus de souffle, mais heureux, plus que satisfait et fier d’un chrono inimaginable qui me permet d’améliorer ma marque de plus d’une minute. A moitié blessé, avec un seul genou, sans préparation. Sur un negative split en plus, tant qu’à faire. Ce braquage du tonnerre, un hold-up improbable.

Mon frère lui finit en 48min43, pas de record, mais un chrono bien satisfaisant après une année très compliquée, et une douleur à la cuisse pendant quasiment toute la course. Mon genou lui va bien, quelques petites douleurs mais il ne semble pas trop me tenir rigueur de cette balade un brin rythmé en ce dimanche ensoleillé.

C’était pas facile, pas évident surtout, mais finalement l’année commence bel et bien sur une nouvelle performance de folie. Restent maintenant 9 semaines. 9 semaines de dur entraînement pour aller chercher le gros objectif, le graal qui m’échappe encore, le marathon en moins de 3h. Ce grand fou de genou risque encore de me causer quelques soucis, mais nul doute que ces prochaines semaines seront mises à profit du mieux possible pour atteindre ce rêve de plus. 

Foulées de Vincennes Arrivée

Crédit photo : Cyrille Dheilly

 

Crédit photo de couverture : Farhay Photographie

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