Marathon Berlin

Marathon de Berlin : au bout de l’épuisement

Berlin, here we go ! Gros objectif de l’année que j’attendais avec impatience depuis maintenant presque un an et mon tirage au sort. Premier majors et premier marathon à l’étranger pour moi, sur un des parcours les plus roulants du monde (tu sais là où les kenyans font tous leurs records), il me fallait faire en sorte que cette course soit l’apothéose de toute une saison. Cette course marquait en effet pour moi symboliquement la fin d’une période intense en courses, découvertes et entrainements. Très peu de temps morts ces derniers mois, notamment depuis la fin avril, avec à la suite un biking trip à travers la France, une prépa express pour le 10k Adidas, la découverte du trail et du triathlon, et donc pour final un petit marathon pour clôturer en beauté. Le tout avec un soupçon de records battus, des beaux classements et beaucoup de bornes avalées. On n’a pas chômé hein !

Une préparation intense

Après une petite saison trail (23k du Mont Blanc et Trail des Passerelles), j’ai donc enchaîné pour une prépa courte de 8 semaines, avec en même temps une prépa pour le Triathlon de Chantilly fin août, histoire de corser un peu le tout. 4 séances de course par semaine c’était vraiment pas assez, fallait rajouter une semaine de natation et de vélo dans la semaine, mon corps me remercie. Et mon agenda surbooké aussi. Allez faire tenir 6 séances de sport dans une semaine en plus du boulot, de quelques heures de sommeil glanées comme on peut et d’un semblant de vie sociale. Et quand en plus pour de vagues raisons de meubles et de cartons à porter le weekend tu dois faire ça sur 5 jours. Ou quand tu te souviens de tes semaines à 3 séances comme de vacances lointaines.

Vaille que vaille, un bon coup de pied aux fesses, quelques heures de sommeil égarées en chemin et une bonne propension à faire 3 choses en même temps et je passe ces quelques semaines un tantinet crevantes haut la main, avec en point d’orgue une performance satisfaisante sur le Triathlon de Chantilly. A partir de là, plus de piscine aux aurores ni de retours tardifs à vélo, les vacances quoi. Et puis il paraît même que j’ai promis à mon corps une pause course à pied de 2 semaines après cela, pour soulager et reposer mes pauvres articulations. Tu ne te blesses pas, je t’offre un peu de répit, deal ? (spoiler alert : j’ai tenu ma promesse)

Après quelques semaines de Tetris dans mon emploi du temps, me voici donc prêt à dévaliser mes stocks de pâtes  et aller en découdre sur le bitume berlinois. Objectif : sous les 3h. La barre mythique pour tout marathonien, le graal à aller chercher, ce changement de premier chiffre qui veut tellement signifier. Objectif ambitieux donc, serais-je donc capable de le tenir ? Je m’étais entraîné sur de longues distances à courir sur un rythme de 4’10 / kilomètre. J’étais donc plutôt confiant sur ma capacité à avoir les jambes pour tenir ce rythme, mais un peu moins sur 42,195 kms. Rationnellement et statistiquement les voyants étaient au rouge. Psychologiquement toujours ce petit doute avant d’aller affronter la distance reine du marathon et l’incertitude qui l’accompagne après les 30 premiers kilomètres.

Prêt à m’élancer

J’arrive donc à Berlin le samedi, veille de course, à temps pour aller chercher mon dossard. Une partie du petit milieu running parisien semble s’être donné rendez-vous sur ce marathon de légende, puisque je croise des Asics Frontrunners à l’arrivée à l’aéroport et rejoins d’autres Adidas Runners de Bastille pour un plat de pâtes traditionnel d’avant course. Une bonne nuit de repos et nous voilà prêts pour vivre cette nouvelle aventure.

Je me sens frais, en forme, prêt à en découdre plus que jamais ce matin-là, les jambes frétillantes d’avance de ces longs kilomètres à venir (faut-il pas être fou quand même pour en arriver là !). Je me suis bien préservé pendant la semaine, et les longues semaines chargées du mois précédent n’en rendent paradoxalement que plus difficile à supporter ce repos forcé.

Je m’avance donc vers la ligne de départ, n’arrivant au final que quelques minutes avant le départ, le temps d’arriver dans mon SAS coincé en plein milieu d’un parc. Là il faudra alors faire la sardine pour rentrer dans des SAS exigus et malheureusement un peu trop étroits pour le monde présent. Mais voilà que le coup de feu est déjà donné, et les premiers coureurs s’élancent vers un nouveau record du monde.

Un départ en grande forme

C’est bientôt à mon tour et je franchis l’arche de départ, tentant de ne pas partir trop vite pour ne pas me fatiguer trop vite. Ce n’est pas chose aisée, tant il faut un peu slalommer sur les premiers kilomètres. Les SAS sont attribués sur justificatif de performance selon les temps passés. Mais bon quand tu souhaites aller chercher un meilleur temps justement tu te retrouves avec un peu de foule à dépasser. Un rythme un peu fluctuant donc qui rend difficile de se rendre compte de la vitesse réelle, et je prends ainsi un peu d’avance sur mon allure cible dès les premiers kilomètres.

J’arrive enfin à me stabiliser davantage par la suite et à m’intégrer dans des groupes aux niveaux plus homogènes. Il fait beau, les gens applaudissent, le parcours est plutôt sympa, tout va bien. Je continue ainsi sans aucune difficulté, le parcours étant quasiment tout le temps plat de plat, un petit faux plat léger un coup de temps en temps pour ne pas s’endormir, une formalité.  J’enchaîne ainsi les kilomètres : 5 kms, 10 kms, 15 kms. Je retrouve à un moment donné les collègues Adidas Runners PE et Athaa pendant la course, et double finalement le meneur d’allure 3h, pourtant parti bien avant moi. A ce moment-là je suis toujours bien, frais, content, enthousiaste, serein, plein de choses positives quoi. Je garde un bon rythme, assez constant, m’assurant peu à peu de plus en plus d’avance sur la cible des 3h. C’était ma stratégie de course de courir le premier semi-marathon un peu plus vite que l’allure nécessaire, afin de gagner du temps d’avance pour une seconde partie que je savais plus difficile.

Arrive ainsi le semi-marathon, que je boucle en 1h26. Soit plus rapidement que mon record sur la distance. Cela me fait sourire. Il faut vraiment que je m’inscrive à un nouveau semi-marathon pour aller rayer ce temps de 1h27 qui ne correspond pas vraiment à mon niveau. Battre son record en y allant mollo c’est quand même cocasse.   

Je continue ainsi et enfile toujours les kilomètres. J’ai pris auparavant un gel au 18e km, mais j’ai senti toutefois que ce marathon serait encore une course où j’aurais du mal à manger : une petite douleur au niveau du bide me signale que je ne digère pas cette bombe de sucre. Dommage, c’était bien passé à l’entraînement pourtant. Rien de dramatique pour l’instant, ça reste léger.

Suivi par une panne d’énergie

Je me rapproche du 30e kilomètre, avec là encore toujours un très bon rythme : j’en suis à presque 29 kilomètre quand je franchis la barre des 2 heures, de très bon augure pour la suite statistiquement. Sauf que la réalité est toute autre. Je sens depuis un kilomètre ou deux que je commence à perdre un peu d’énergie. « C’est beaucoup trop tôt, pas bon ça »me dis-je. J’espère encore à ce moment-là que ce n’est qu’un petit coup de mou et que je vais relancer par la suite. Je maintiens toutefois toujours le même rythme.

Les kilomètres à suivre vont me donner tort : peu à peu mon énergie me quitte, inexorablement, happée, aspirée de l’intérieur. Je comprends alors que mes craintes de départ s’avèrent juste : la seule raison qui pouvait me faire échouer était de ne pas réussir à garder l’énergie nécessaire pour tenir l’allure jusqu’au bout. J’avais bien senti pendant mes sorties longues d’entrainement, malgré qu’elles se soient bien passées, qu’une telle allure me faisait passer sur un palier supérieur et me bouffait une énergie monstrueuse très rapidement comme jamais auparavant. Je craignais donc de ne pas avoir l’énergie nécessaire pour faire cela pendant 42,195 kms. Bingo !

Vers 30,31 kms j’étais déjà salement amoché, l’énergie me faisant défaut. Le deuxième gel n’était pas très bien passé là encore, mais le manque de carburant me ferait bientôt passer cela comme une douleur sourde et lointaine, à oublier. Mais pas question de lâcher. J’ai pris les kilomètres un par un, portion par portion, faisant de chaque pas une victoire. J’ai repensé à tous ces fractionnés, ces séances sous la pluie, la neige, la canicule, toutes ces séances, mes jambes douloureuses d’avoir cavalé, mon cœur criant grâce après un bloc de trop, mes tripes cherchant à se la jouer à la Prison Break dans les stades parisiens. Tous ces entrainements, ces semaines à aller chercher la hargne, ces espoirs, ces rêves. On ne lâche rien, on va puiser dans cette flamme qui brûle en nous et nous pousse chaque jour à nous dépasser. La gnaque, la rage de se battre, de vaincre, de vivre. Je me dis même : « Non mais tu vas arrêter tes conneries là, tu vas te foutre un coup de pied au cul et tu vas le finir fissa ce marathon, nan mais oh ». Les jambes vont bien pourtant, pas de douleurs particulières. 

Et pourtant, malgré tout cela, malgré l’envie, la détermination, le mental, la flamme s’affaiblit peu à peu, rend ses dernières lueurs. A bout, je m’arrête une première fois au 35e km, le temps juste de prendre un gel et un verre d’eau, et je repars. A ce moment-là, je sais que le fait d’avoir lâché une première fois me condamne certainement, que le rêve du sub 3h s’envole probablement. Mais je veux continuer à y croire. J’ai de l’avance, si je ne m’arrête que 30 sec tous les 2 kms c’est encore faisable.

Au 36e km, folle ambiance : le groupe Adidas Runners est ici rassemblé pour encourager, donner de la voix, s’égosiller pour nous donner des ailes, nous redonner du courage et de la force que nous n’avons parfois plus. Incroyable moment d’une forte chaleur qui nous porte et donne de la fierté d’appartenir à cette grande famille de runners. 

Un corps en bout de course

Ce sera pourtant l’un des derniers moments où je ferai preuve de lucidité sur le parcours. Je lâche une seconde fois au 37e km. Je prends un verre d’eau puis repars. Mais à partir de là, c’est fini, c’est joué. J’avance comme un automate aussi loin que je peux, avant de relâcher l’effort à nouveau pour marcher. Cette alternance de course et marche me coûte du temps, et se fait de plus en plus fréquente en avançant, mais je n’ai plus la force de pousser davantage. A vrai dire je continue à avancer pour deux seules raisons : c’est strictement impossible et contre-nature pour moi d’abandonner, et je veux au moins passer sous les 3h05.

Alors je fais au mieux, je me pousse avec le peu de lueur qu’il me reste. Je ne vais pas mentir, ces derniers kilomètres sont assez flous dans ma tête. Je ne me souviens surtout que cette volonté indescriptible de continuer coûte que coûte à avancer comme je peux, et de cette clameur diffuse qui s’échappe de la foule massée autour de nous. Je referai ces derniers kilomètres à pied le lendemain, et ne reconnaitrai même pas tous ces lieux de passage. 

Marathon de Berlin - Fin

Enfin, l’arrivée approche. Elle est à portée de jambes. Je débouche en marchant sur le dernier grand boulevard. En face, la porte de Brandebourg, et l’arche d’arrivée juste derrière. 800m. 800m pour en finir, 800m pour être une nouvelle fois marathonien, 800m pour aller chercher ce chrono sous les 3h05. Je me relance, poussant sur les jambes comme je peux. Qu’ils sont longs ces 800m. Interminables. Je souris de manière automatique quand je vois des photographes, mais je ne sais même pas comment je fais pour trouver la force d’encore faire bouger le moindre muscle de mon visage. Je réalise que je vais franchir la porte de Brandebourg uniquement en arrivant devant : « Ah oui c’est joli » me dis-je en levant la tête. Et puis ces foutus derniers 200m jusque l’arrivée. 200m de trop si vous voulez mon avis. Quelques dernières foulées où le corps ne veut plus. Je ne me souviens de ces derniers 200m que d’une pensée fugace : « Eh m****, je vais m’effondrer avant même l’arrivée ». Je me sens partir, à bout.

Je franchis enfin cette ligne, dans un dernier effort, en 3h04min et 26 secondes, et ne réalise pas vraiment. Je suis juste fatigué, épuisé, vacillant. Jamais je n’avais fini une course aussi mal en point. Je récupère ma médaille, une bénévole se précipite vers moi pour me demander si je vais bien. Non, mais je poursuis jusqu’au point d’eau. Je prends un verre, mais même boire demande une énergie difficile à aller chercher. Je m’appuie contre un arbre de longues minutes, ne voulant pas m’asseoir pour éviter une hypoglycémie (sales souvenirs de mes deux premiers marathons). Des Adidas Runners et des Asics FrontRunners me rejoignent, on me demande comment je vais, on me donne un verre d’eau. Un peu mieux, je repars chercher à manger au ravitaillement, où un bénévole s’inquiète de ma blancheur. Ça valait bien la peine d’avoir un superbe bronzage estival !

Et enfin, du sucre, de quoi réactiver la pompe, je revis peu à peu. Il me faudra un peu de temps mais je reprends des couleurs, du tonus. Le week-end pouvait alors se poursuivre, entre bières, du gras (ouiii enfin !) et Adidas Runners. Et même des vacances entre Berlin et Danemark pour fêter ça. Oui je devais bien à mon corps un peu de repos après tant d’efforts, rappelez-vous. 

Bilan d’une course ô combien difficile

Ce marathon ne se sera pas déroulé comme prévu donc. Pas d’amertume ou de grande déception néanmoins. J’ai battu mon record de 7 min, et surtout je me suis dépassé et j’ai donné le meilleur de moi-même. Je connaissais les risques de me lancer à une telle allure au cas où mon corps n’aurait pas été prêt. C’est la loi du sport, tout ne se passe pas toujours parfaitement. Il faut travailler dur sans certitude d’aboutir. Mais c’est ce qui fait aussi la beauté de la chose, ce qui pousse à se dépasser et toujours s’améliorer, à être chaque jour une meilleure version de soi-même. Le sub 3h attendra donc. Comme certains me l’ont dit, je suis jeune et j’ai donc encore pas mal de temps devant moi pour aller chercher d’autres performances. Comme d’autres me l’ont dit, le plus important reste le travail fourni, le chemin emprunté, et à ce titre-là cette préparation marathon aura été riche d’enseignements. Elle m’aura appris à me pousser encore davantage, à me prouver que je pouvais aller bien plus haut. Cette course est donc un point culminant dans ma saison, mais ce n’est pas une fin, loin de là, mais plutôt un point d’étape vers des horizons toujours plus beaux. 

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