OCC - La Flégère

OCC : du dénivelé, de l’ambiance, du saucisson

Venir faire une course à Chamonix, capitale du trail, icone des traileurs, cité des montagnards, c’est toujours un événement. Vivre une course de l’UTMB, le sommet mondial du trail, ressentir toute cette ferveur, cette passion, avant, pendant, et après la course, c’est tout bonnement magique. 56 kilomètres et 3500 mètres de dénivelé positif pour aller découvrir les magnifiques paysages des Alpes.

OCC - Photo souvenir avant-course

Arrivé à Chamonix le mercredi midi, je passe l’après-midi à me balader dans Chamonix pour m’imprégner de cette ambiance made by UTMB, où la ville fleure bon le traileur, où tout ne semble vivre que pour ces courses de quartier qui mobilisent toute la vallée et au-delà. Je récupère mon dossard après un vrai parcours du combattant : un peu beaucoup d’attente, pas mal d’étapes pour vérifier le matériel obligatoire, une petite photo souvenir en fin de parcours. Je parcours ensuite le salon du trail avec ses innombrables stands de course et matériel, et surtout ses stars, peut-être inconnues du grand public, mais véritablement héros pour runners en mal de dénivelé.

Attente pré-course

Jeudi 29 août 2019. Après une nuit finalement pas si courte que cela, le réveil sonne à 4h du matin pour une journée qui s’annonce longue et chargée. Merveilleuse machine que le corps (ou le cerveau plutôt devrais-je dire) qui décide de se mettre à bailler et à tomber de fatigue à 21h une veille de course, alors que ça n’arrive jamais autrement. Bel exemple du pouvoir de persuasion.

Rapide préparation, derniers éléments à mettre dans le sac, lentilles collées aux yeux, dernier tour aux toilettes, et me voilà parti pour la place du Mont Blanc, afin de prendre la navette pour Orsières. 5h, top départ pour la Suisse. 5h30 début du petit-déjeuner à bord du bus, en regardant la ville d’Orsières en contrebas de la route : « Ah c’est tout en bas ? Bon va falloir grimper un peu après dis donc. »

Arrivés 2 bonnes heures avant le départ de la course, il faut prendre son mal en patience pour attendre sans perdre trop d’énergie, faire la causette pour passer le temps, tout en terminant tranquillement le petit-déjeuner (cake aux fruits secs, bon, léger, facile à digérer, plein de bonnes choses).

Le grand départ

Vient enfin l’heure du départ. Je suis malheureusement un peu mal placé, un peu au-delà de la moitié des concurrents, la faute à une dernière pause toilettes un peu longue au vu de la file d’attente pour y accéder.  Petit moment d’émotion lors du go de départ : « Ouah ça y est je suis au départ d’une course de l’UTMB ! ». En revanche les rues d’Orsières sont assez étroites, si bien que cela fait vite goulet d’étranglement, et c’est la première fois que je franchis une ligne de départ… en marchant. La suite du parcours permet néanmoins de commencer à accélérer la foulée.

Je m’étais fait la réflexion qu’il y avait bien peu de personnes du coin pour venir nous encourager au petit matin. Peut-être étaient-ils encore couchés, ou en train de partir au travail. Après tout, nous sommes en plein milieu de semaine. Erreur. De longues files de supporters nous attendaient au-delà de la ligne de départ, cachés à l’extérieur des rues étroites du centre, organisés en longues files le long des sentiers. Un moment magique à taper dans les petites mimines des enfants massés sur les côtés, toujours heureux de venir nous encourager dans le long périple qui s’annonce.

OCC - Début

Un début en facilité

Une fois réellement lancés sur les chemins de cet OCC, je me place sur les extrémités et double en passant sur les talus d’herbe dès que possible, afin de mieux me positionner dans la foule des coureurs. Objectif : remonter une partie des traileurs, afin d’être mieux placé dans le peloton et rejoindre des coureurs de mon niveau, pour éviter au maximum les bouchons qui ne manqueront pas de se former dans les montées. Bingo, la première côte s’amorce et le bouchon se forme. J’arrive néanmoins à doubler de temps à autre. Mieux, dès que la descente s’amorce ensuite, j’en profite pour doubler toujours plus et prendre un peu davantage le large. Le tout en maintenant une allure qui se veut rapide mais sans être trop intense non plus, afin de ne pas brûler trop d’énergie.

C’est ainsi que j’arrive peu à peu à proximité du premier ravitaillement, à Champex-Lac, encore frais et en pleine forme. Les 10 premiers kilomètres se sont impeccablement passés, j’ai l’impression de n’avoir pas perdu d’énergie, et c’est donc plein de confiance que je m’élance à nouveau très rapidement vers la suite du parcours.

OCC - Ravitaillement Champex

Les kilomètres suivants sont très plats, d’abord autour du lac, puis sur des sentiers sans dénivelé ou en léger faux plat. Le routard parisien que je suis s’en donne à cœur joie. Six kilomètres d’affilés courus sans aucune interruption randonnée, toujours sur un rythme relativement facile mais me permettant d’avancer et de doubler d’autres concurrents au fur et à mesure.

Porté par ces quelques kilomètres gagnés facilement, la montée qui suit ne me paraît pas des plus compliqués. Je marche tranquillement, pousse sur les mollets, mais sans que ceux-ci ne semblent particulièrement en souffrir, la pente n’étant pas trop raide. J’en profite pour manger, me reposer (oui oui car on se repose quand on marche à bon rythme, tant qu’on ne court pas), admirer le paysage. Je chantonne dans ma tête « A la queuleuleu » pendant que mes voisins de course semblent quelque peu essoufflés. Je prends même le temps de m’arrêter de temps en temps pour prendre quelques photos. Ca fait des souvenirs et ce ne sont pas 30 secondes d’arrêt qui changeront le chrono final. En plus, s’arrêter quelques secondes permet aux jambes saturées de fatigue de mieux se relancer ensuite. Bref, je profite pleinement de cette montée qui ne m’entame pas trop.

A toute allure vers le saucisson

Mais voilà que pointe assez rapidement la bascule, ce point de crête où la montée cède soudainement place à une redescente par des sentiers plus ou moins raides. Après un passage rapide au ravitaillement en eau à La Gliète, c’est parti pour une lancée ininterrompue jusqu’en bas, direction Trient.

Je me surprends à adopter un rythme assez rapide, moi qui ne suis pas très habitué à ce terrain un peu technique. De petits rochers en racines d’arbres, nul besoin d’être un chamois pour assurer le parcours, mais il faut néanmoins avoir le pied sûr. Je suis alors les préceptes et conseils des grands traileurs : je pose le cerveau, je ne me pose pas de questions et j’y vais à l’instinct. Le pied saura naturellement où se poser, le corps s’orienter instinctivement pour éviter au mieux les obstacles. Et ça marche !

J’effectue la descente à bonne allure, sans accroc, et arrive même, à mon grand étonnement, à doubler un certain nombre de coureurs au fur et à mesure des lacets dans la montagne. Le petit parisien ne gère pas si mal finalement, malgré le manque d’entraînement sur ce genre de terrain technique. J’arrive ainsi au village de Trient sans encombres, en sentant que les muscles et articulations ont un peu subi la cavalcade précédente, mais encore frais, et surtout heureux des bonnes sensations que j’ai jusqu’ici.

J’arrive ainsi au premier ravitaillement « solide » de la course, à Trient au 26e kilomètre. Par « solide », comprendre avec de quoi manger : des TUC, du fromage, du saucisson, la folie quoi, le paradis. Je prends le temps de bien me restaurer pour prendre des forces, mais également aussi bien profiter du combo fromage-saucisson. Bien franchouillard, et qui fait tellement du bien au corps et au mental. Je passe généralement davantage de temps que la plupart des concurrents sur les ravitaillements, m’attardant volontairement pour bien prendre le temps de m’alimenter et m’hydrater. Cela me fait perdre un peu de temps et des places, mais me permet de repartir avec davantage d’envie et d’allant.

OCC - Ravitaillement final

En parlant de classement, justement… Habituellement, sur ce genre de course, pas moyen de savoir où on est placé, à moins de sortir son téléphone et de s’attarder sur le site de suivi de la course, mais j’ai d’autres préoccupations en tête. Et surtout connaître mon classement n’est pas ma priorité, préférant faire ma course en dehors de toute pression sur le chrono, contrairement aux courses sur route. Si bien que je n’ai aucune idée d’où je peux bien être situé dans le peloton. D’où ma surprise quand j’entends alors le speaker annoncer que le 210e concurrent est arrivé au ravitaillement. Je pense alors avoir mal entendu. Mais la phrase est répétée. Ah, et bien il semblerait que je me débrouille pas mal en fait, sans m’en rendre compte. Pas envie de fanfaronner car la course est encore longue, mais ça reste toujours satisfaisant (et surprenant) à entendre.

Trient-Vallorcine, ça casse de la fibre

Me voilà donc reparti, toujours plein d’énergie. Mais pas le temps de courir bien longtemps. Au bout de 300 mètres, nous voilà repartis pour une belle grimpette. Une montée bien raide, loin du profil finalement sage de la côte précédente. Aie, ça pique aux mollets. Un peu plus de 800 mètres de dénivelé positif en moins de 5 kilomètres. Ah, ça fait moins le malin d’un coup. Surtout que la température commence à grimper, avec des portions exposées plein soleil entre deux sous-bois. Les kilomètres sont longs, il faut prendre son mal en patience et toujours pousser sans relâche sur les mollets et les cuissots. Heureusement, les nombreux supporters présents dans les sentiers aident à maintenir le rythme avec leur « Courage », «¡ Vamos ! ».

Un coureur du coin et son accompagnant se retrouvent à ma hauteur. J’en profite pour faire un brin de causette et leur poser des questions sur le profil et la difficulté des prochaines montées et descentes, histoire de me préparer mentalement à ce qui suit. Etant un peu davantage à la peine, je n’en prends pas moins le temps de faire quelques photos tout de même lorsqu’une belle vue se présente. Traileur oui, mais touriste aussi visiblement.

Arrivé enfin en haut de cette terrible portion, une ligne de crête relativement plate nous attend sur un bon 500 mètres. Pourtant, pas moyen de relancer et de repartir en courant. Je fais à peine 100-150 mètres que je dois m’arrêter. J’ai les jambes sciées par l’effort précédent, les muscles saturés de la fatigue accumulée dans la montée. Je sens que j’ai un petit coup de chaud, que ces 5 kilomètres soutenus ont tapé dans mon stock d’énergie et me laissent sur un petit coup de mou. Je me rassure en voyant le même effet sur les autres coureurs qui m’entourent. J’alterne donc la marche et la course lente pour réactiver la machine.

Et hop, c’est à nouveau la bascule, pour descendre de l’autre côté vers Vallorcine. Nous franchissons ainsi la frontière franco-suisse au passage (bon en vrai je n’y ai pensé qu’après). La descente me réussit mieux, les jambes redémarrent enfin et filent de nouveau en harmonie. La pente est en revanche parfois bien raide, avec des sentiers pas nécessairement très techniques, mais avec des virages secs très fréquents. Je glisse une première fois et manque de basculer dans le fossé, frôle une nouvelle glissade, et choisis un rythme plus prudent pour affronter cette difficulté supplémentaire. Il faudra attendre de revenir dans des sous-bois un peu moins glissants et pentus pour repartir sur une allure plus soutenue.

J’arrive enfin à Vallorcine où m’attends un nouveau ravitaillement solide. La première chose que je fais néanmoins est de me mettre la tête sous l’eau pour me refroidir. La chaleur commence à faire son effet, le soleil abime les coureurs exposés sur les sentiers. Je prends à nouveau le temps de bien manger et boire, et c’est reparti.

Des hauts et des bas

Petit point à ce niveau du parcours : j’en suis à 36 kilomètres sur 56, je sais que le plus dur est fait, que le gros du dénivelé est passé, et qu’il me reste désormais une portion relativement plate jusqu’à Argentières, puis une dernière belle montée jusqu’à La Flégère avant la descente finale. Il faut donc que j’économise mon énergie pour la grosse difficulté à venir.

Les 8 kilomètres jusqu’au prochain ravitaillement devraient être faciles, de profil relativement plat par rapport au reste du parcours. Pourtant, j’ai du mal à repartir. Une espèce de coup de moins bien qui me casse un peu, m’empêche de courir comme je le souhaite, me fait régulièrement marcher. Pas de panique, je constate une fois de plus que l’effet semble le même sur les concurrents m’entourant. La portion bien cassante de montée-descente qui a précédé a laissé des traces sur l’organisme. Le corps ne semble pas très content de l’effort imposé. Alors, ne cédant pas à mes instincts de coureur bourrin, je prends mon temps, relance de temps à autre, mais en prenant soin de ne pas trop forcer pour m’éviter la grosse panne.

Ça semble bien marcher, puisqu’après 4 kilomètres un peu moins bons, me voilà reparti à bonne allure sur les sentiers, comme si de rien n’était. C’est magnifique cette variété d’états que nous fait vivre le trail, ces coups de moins bien suivi de moments d’exaltation, de grande forme. Il faut simplement faire avec, être patient, ne pas trop s’inquiéter, gérer son effort, se dire que tout n’est que passager. En l’occurrence ici ce n’était que le temps de recharger un peu les batteries, car la fin de la portion jusqu’à Argentières se passe impeccablement bien.

Dernière montée vers La Flégère

Un petit ravitaillement, et me voilà parti dans la belle montée de La Flégère, plus connue des coureurs sous l’expression « vivement qu’on soit en haut ». Bah oui, une dernière grimpée, et nous serons lancés pour une fin facile tout en descente jusqu’à Chamonix. Mais avant cela, il va falloir bosser encore un peu et pousser sur les cuisses. Une deux, c’est parti, ça grimpe.

Montée qui finalement ne m’a pas parue trop insurmontable, malgré la fatigue qui peut commencer à s’installer. Quelques petites portions de plat de temps en temps permettent d’aller courir un peu tout de même, et de grappiller quelques centaines de mètres et un peu de temps. Je reconnais une partie du parcours, pour l’avoir emprunté l’année dernière sur les 23 kms du Mont Blanc. J’arrive finalement sur la dernière partie, une dernière montée sur une piste de cailloux, en plein soleil. Il fait chaud, ça cogne, et le chalet de La Flégère ne semble pas se rapprocher très vite. Heureusement que la vue sur le massif du Mont Blanc est magnifique pour se consoler un peu des fibres musculaires durement éprouvées.

Ouf, je suis arrivé. Qui dit ravitaillement dit… De l’eau sur la tête ! Et un bon verre de coca aussi. Pas très diététique tout cela, mais il fait tellement de bien ce verre à chaque ravitaillement, du bonheur en barres (enfin en gaz là surtout). Je prends même le temps de prendre la pose pour qu’une bénévole me prenne en photo, alors que d’autres coureurs jettent à peine un coup d’œil à la vue sans s’arrêter au ravitaillement. Tant pis pour eux, je m’élance dans la descente, et les rattrape peu à peu.

Le grand final

Je sais que je suis désormais dans les derniers kilomètres, que de la descente, aucune difficulté, si ce n’est de ne pas me prendre les pieds dans une racine. Pas mal de lacets à droite à gauche dans les sentiers, mais je commence à avoir l’habitude, et le parcours se fait sur un très bon rythme. Je cavale désormais, sachant que l’effort va bientôt s’arrêter. C’est un bonheur de pouvoir filer toujours plus vite, de voir le but se rapprocher. Un coup d’œil de temps en temps à la montre me fait réaliser que je vais m’approcher du chrono de 7h30, peut-être même passer en dessous. Inespéré, alors que je tablais plutôt sur un temps entre 8 et 9h.

Arrivé à Chamonix, je grimpe quatre à quatre les marches de la passerelle de fer enjambant la route, et rejoins ainsi le centre-ville. Je souhaite à chacun de vivre ce moment magique qu’est une arrivée de course à Chamonix : des applaudissements à droite, à gauche, partout, des gens qui s’interrompent dans leur marche, dans leur repas, aux terrasses, dans la rue, pour applaudir les arrivants. Une ambiance de malade tout simplement, un beau score à l’applaudimètre, une émotion en parcourant les dernières rues jusqu’à cette arche d’arrivée dont on rêve tous tant. Une petite pression sur la montre pour arrêter le chrono, et voilà, c’est fini, au bout de 7 heures et 26 minutes. Classé contre toute attente et toute espérance 135e sur 1605 partants. Il est encore tôt, même pas 16 heures. Les jambes répondent bien et ne semblent pas trop amochées par la course. Le soleil resplendit dans le ciel. L’apéro s’annonce bien.

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