Marathon de La Rochelle 2019 - Arrivée

Marathon de La Rochelle : sous la barre des 2h45

Cette fois-ci, on y était. Le dernier test, la dernière course, le dernier marathon. La route fut longue jusqu’à ce jour, jusqu’à ce départ. Des mois de préparation, des milliers de kilomètres, des courses, des dizaines de séances. Pour aboutir ici, ce jour. Tout est contre moi sur le papier, aucune chance d’aller chercher une performance, 3 semaines après un marathon de New York couru en 2h48. 3 petites semaines de récupération, aucune pause entre temps et pour autant peu d’entraînement depuis, deux semaines de malbouffe américaine. Une belle idée à la con, idiot diront sans doute beaucoup. Ce second marathon, c’est un test, voir comment je récupère et tenter le tout pour le tout, ça passe ou ça casse. Pourtant moi je n’ai guère de doute, je sais au fond de moi que l’objectif sera atteint au bout. Il n’y a pas de stress aujourd’hui, juste une certitude : c’est mon jour, ma victoire au bout du chemin. 

Marathon de La Rochelle

Attente humide

Il fait encore nuit noire dehors quand le réveil sonne à 6h du matin ce dimanche 24 novembre 2019. Aucun souci à me lever après une longue et bonne nuit de plus de 8 heures de sommeil. Petit-déjeuner de gatosport chocolat (il n’y a pas de mal à se faire du bien paraît-il) avalé tranquillement dans la semi-obscurité, une rapide douche, passage aux toilettes, et ne reste désormais plus qu’à attendre. Vers 7h45, mon hôte Airbnb a la gentillesse de s’être levé un dimanche matin pour m’amener en voiture sur le lieu de la course et m’épargner les 2,5 kms de marche. Pas que ça ne m’ait fait peur, mais c’est bien appréciable de m’épargner un peu de fatigue. 

Il est donc presque 8h lorsque j’arrive au niveau du port de La Rochelle et de la ligne de départ. Il fait encore assez sombre et une fine bruine s’est installée durablement pour nous accueillir. Je garde encore un peu de temps ma veste pour éviter de frissonner, avant de me résoudre à enfin l’abandonner au camion vestiaire. Pas de chance, c’est à ce moment que la fine pluie se transforme en averse. Super climat océanique, on ne m’avait pas dit que La Rochelle avait rejoint la Bretagne. Je pars m’échauffer pour éviter d’avoir trop froid. Ce n’est pas très efficace.

La pluie redouble d’efforts, alors qu’il reste encore 40 bonnes minutes à attendre. Pas d’autre choix que d’aller me mettre à l’abri devant une entrée de garage parmi d’autres coureurs. On se tient chaud au moins.

20 minutes avant le départ il faut néanmoins se résoudre à aller se mouiller sous la pluie et filer s’installer dans le sas. Les traînées d’eau ne veulent pas nous laisser tranquille, il faudra donc se résoudre à prendre le départ complètement trempé. A mesure que le top approche, toujours aucun stress, juste de la concentration. Je sais ce que j’ai à faire, je maîtrise ma partition, à moi de jouer sans fausse note. 

Marathon de La Rochelle - Avant départ

Départ dans les embouteillages

Le coup de feu retentit enfin… Et c’est le bordel. Comme à chaque course, le premier kilomètre est une longue lutte pour se placer, doubler, trouver l’espace, le bout de trottoir, qui permettra de dépasser d’autres coureurs plus lents. Le couloir ne s’élargit pas durant un petit moment et je dois prendre mon mal en patience, ne pas trop accélérer pour ne pas me griller. J’ai notamment du mal à doubler les grappes de coureurs évoluant autour des meneurs d’allure en 3h.

Enfin, l’espace se dégage devant moi et je peux dérouler comme je le veux, à l’allure voulue, de manière régulière. Les premiers kilomètres s’écoulent très vite, sans la moindre difficulté. Sans compter que la pluie prend enfin congé de nous, ouf.

Je franchis les 5 kilomètres en 19min45 à la montre, soit 10 secondes de plus que l’allure visée. Mais qu’est-ce que c’est que ces conneries ? Piquée d’orgueil, montée d’adrénaline. Sans m’en rendre compte, je hausse très sensiblement le rythme et clôt mon 6e kilomètre 20 secondes plus vite que prévu. Outch, va falloir se calmer quand même là. Bon le problème c’est que je sais très bien qu’une fois que je suis lancé je vais systématiquement être plus rapide que voulu. Le limiteur de vitesse est un peu défaillant chez moi. 

Le parcours me ramène vers le centre-ville de La Rochelle, où la foule est nettement plus présente pour encourager. Je suis impressionné par le nombre de spectateurs étant venus nous soutenir un dimanche matin sous la pluie. Ça donne du peps, de la force, et fait passer les kilomètres très vite. Je me sens toujours bien, en forme, bien dans mes baskets, malgré le rythme qui est un peu plus élevé.

La course contre le chronomètre

Je franchis l’arche des 10 kilomètres en 38 minutes et 48 secondes, soit désormais 20 secondes d’avance sur le chrono fixé. C’est une véritable course contre la montre dans laquelle je me suis fixé, tant je pense que l’objectif de passer sous les 2h45 devrait se jouer de peu, sur le fil. Je suis pour l’instant dans les clous. 

Un gel pour faire le plein d’énergie, quelques gorgées d’eau, et on continue vers la suite du parcours. Qui pique un peu plus. Cela se poursuit par un faux plat pas très sympathique dans lequel il faut laisser quelques gouttes de sueur de plus pour maintenir l’allure. Pas de quoi me ralentir.

Et ça continue. J’arrive dans une partie de ville plus résidentielle, avec moins de supporters. Je me cale sur un groupe de coureurs évoluant à une allure qui me va bien, réguliers, et discute un peu avec l’un d’eux. Chacun est concentré, le regard fixe au loin, imperturbable. Sauf moi. Le touriste qui profite pleinement de chaque mètre, chaque applaudissement, chaque sollicitation. Je tape dans les mains des enfants qui attendent de temps en temps sur le bord, remercie chacun de ceux donnant de la voix pour nous encourager. Je ne suis que sourire pour l’instant. Autant en profiter, pas dit que ça durera jusqu’à la fin.

Barre des 15 kilomètres franchie en 58 min 15, avec désormais 30 secondes d’avance. On est bien. Vers les kilomètres 16-17, les fessiers commencent à tirer. Pas étonnant, c’est toujours là que je commence à avoir les premières douleurs à chaque fois. Pas très important, et rien de nature à m’inquiéter. 26 kilomètres avec des fessiers qui tirent un peu, easy, c’est quoi le problème ?

Marathon de La Rochelle 2019

Nouveau faux plat pas bien sympa sur le 17e kilomètre. Il risque d’être autrement plus costaud sur la seconde boucle. Je longe désormais le bord de mer et me rapproche du centre-ville. Une fois de plus, je prends le temps de regarder le paysage, les gens, de saluer ceux qui m’applaudissent. Quelques virages de plus, et me voilà désormais de retour dans le centre de La Rochelle, où une foule importante attend l’arrivée des coureurs. Plusieurs couloirs séparent à différents endroits les coureurs qui finissent l’épreuve du 10 km, la première partie du marathon en relais double, et les marathoniens comme moi. 

Un passage au semi en feu

De retour à proximité de la ligne de départ, je regarde la montre au moment de passer l’arche du semi-marathon : 1h 21 min et 32 secondes. Soit désormais plus d’une minute d’avance, et sur les bases de 2h43 en chrono final estimé. Juste incroyable, inattendu. Mais la fin est encore loin. Je me mets en tête que c’est désormais une nouvelle course qui commence, que cette seconde boucle sera totalement différente, que c’est comme si les 21 premiers kilomètres n’avaient été qu’un échauffement. 

Le chrono à mi-course me donne des ailes. Je me répète à moi-même : “C’est monstrueux ce que tu es en train de faire, c’est dingue, on ne lâche rien !”. Porté par cet espoir, par cette fougue, les kilomètres qui suivront seront les plus rapides de ma course, avec régulièrement des kilomètres bouclés entre 3 minutes 40 et 3 minutes 45. Je me sens littéralement voler, même si je commence dans le même temps à sentir les premiers effets de la fatigue.

Marathon de La Rochelle 2019

Le début de la fin

Les difficultés commencent réellement au 30e kilomètre. Je prends mon 3e gel énergétique avec un peu d’eau. S’ensuit le même faux plat qu’au 10e kilomètre. Sans doute est-ce la concomitance de la vitesse, de la prise du gel et de l’eau, de l’effort plus intense, je ressens des points de côté dans le ventre. Impossible pour moi de ralentir pour soulager cela en revanche. Tant pis, il faudra tenir aussi longtemps que nécessaire avec ces douleurs. 

Je sens bien que les choses se compliquent : les muscles tirent davantage, j’ai un peu moins d’énergie. Je commence à compter les kilomètres restants, faisant divers calculs compliqués pour savoir combien de secondes par kilomètre je peux lâcher sans mettre en péril l’objectif. J’ai passé les 30 kms en 1h55 minutes et 10 secondes, soit un peu plus de 2 minutes d’avance. Maintenant, il convient de tenir le plus longtemps possible.

Je me dis mentalement qu’il faut garder cette allure dynamique au moins jusqu’au kilomètre 35. Petit à petit, kilomètre par kilomètre, je progresse sans encore trop faire appel au mental. J’ai toutefois le visage davantage fermé, et mes remerciements aux supporters ne sont plus que des murmures. Au ravitaillement du kilomètre 35, je prends la décision de ne pas attraper d’eau, pour éviter d’aggraver mes points de côté qui perdurent. Parce que ça fait un peu mal quand même. 

Tenir coûte que coûte

Maintenant le but en tête est de maintenir le cap jusqu’au 37e kilomètre au moins. Même si je sais que je vais sûrement aller chercher les kilomètres les uns après les autres au forceps, au mental. Ça finit toujours de la même manière de toute façon.

Et ça marche, plutôt pas mal. J’ai hâte d’en finir, mais les kilomètres passent plutôt rapidement. Je découpe le parcours restant par petites portions, allant chercher bout par bout les efforts à fournir, comme je le ferais en trail par exemple. Au niveau du 38e kilomètre, nouvelle difficulté, avec un nouveau faux plat qui casse les jambes : “Oh non”. Heureusement, la fin approche, je longe désormais l’océan et file pleine balle vers le centre-ville.

Au-delà des jambes qui durcissent et des muscles douloureux, le manque d’énergie se fait ressentir. Aussi j’opte pour une pâte de fruit plutôt qu’un gel, plus digeste à manger et moins écœurant. Et puis bon c’est un peu galère à ouvrir et manger ce truc en courant pleine vitesse, donc ça m’occupe bien une ou deux minutes cette histoire. Ça fait passer le temps comme on dit. 

Et du temps à courir, il n’y en a plus beaucoup. Petit virage, et hop, j’aperçois l’arche du 40e kilomètre.

Une fin au mental

Il est temps que ça se finisse. Ce n’est plus une question de points de côté dans le bide, de muscles douloureux ou quoi que ce soit là, c’est carrément tout le corps qui commence à lâcher, à se rebeller, à vouloir s’arrêter. L’allure, qui avait déjà baissé sur les derniers kilomètres, faiblit encore. Je suis fatigué, j’en ai marre, mon corps hurle. Alors, comme toujours, ça sera un finish au mental. Tu l’as voulu ta dernière épreuve, et bien tu l’as. Tu as voulu ton combat final, en chier pour aller chercher le meilleur de toi-même. Maintenant tu assumes et tu te bats.

C’est difficile, il faut serrer les dents, continuer d’avancer. Centaine de mètres par centaine de mètres. Ne pas céder à l’envie de s’arrêter, se reposer. Ça serait tellement plus simple. Mais l’arrivée est tellement si proche maintenant aussi, plus que quelques minutes.

Alors que j’arrive à hauteur du 41e kilomètre, je décide de diminuer un peu l’allure. Je me sens à court d’énergie, en bout de course, et le chrono est assuré à coup sûr maintenant. A quoi bon continuer à se faire aussi mal juste pour 10-15 secondes. Un sacrifice minime de temps qui me permet de ralentir et de vivre mieux ce dernier kilomètre. Il paraît long, je regarde constamment la montre dans l’espoir le nombre de mètres restants baisser aussi vite que je cours.

La foule est omniprésente dans ces dernières rues, bien décidée à nous accompagner et nous soutenir dans l’effort ultime. Je franchis la Porte de La Grosse Horloge et débouche sur le Vieux-Port, pour une dernière ligne droite. La ligne d’arrivée est là, tout au bout, elle approche, me tend les bras. Et top, c’est fini ! Marathon bouclé en 2h 43 minutes et 06 secondes. Incroyable, moi qui pensait passer sous les 2h45 sur le fil, me voilà bien en avance !

Un peu étourdi par le succès, (enfin surtout par mon manque criant de sucre dans le sang en réalité) un officiel de la course me demande comment s’est passé la course. Dur dur cette fin… Mais c’est fait. C’est fait. Tant d’efforts, d’épreuves, de kilomètres, de sentiers, pour aboutir à ce moment. Je viens de rentrer dans le club très fermé des marathoniens en moins de 2h45. Jamais quand j’ai commencé à courir je n’aurais pu imaginer en arriver là, si haut, si vite, au-delà de toute espérance. 

Je récupère ma médaille, ma veste souvenir pour me couvrir, et ma bourriche d’huitres. Même si très clairement dans les minutes qui suivent le cadeau qui me fait le plus plaisir est un verre de coca. Je saute sur les morceaux de sucre et les quartiers d’orange, dévalise les bouts de banane. Les jambes sont dures, très dures. Difficile de marcher, j’avance à l’allure d’un petit papy dont le déambulateur serait rouillé. Pas bien grave, j’ai le temps. Fini de courir, j’ai tout mon temps maintenant. 

Marathon de La Rochelle

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