Tour de Paris par les Boulevards des Maréchaux

Le Tour de Paris par les Boulevards des Maréchaux

Paris, ville-lumière, ville-monde, ville de toutes les grandeurs et les superlatifs, possède vue du ciel cette forme si caractéristique, presque arrondie, encerclée par deux anneaux, interne et externe : les boulevards des Maréchaux et le boulevard périphérique. Mais pourtant, savez-vous d’où proviennent ces grands boulevards et portes qui enserrent Paris, la ceinturent et l’ouvrent à l’extérieur ? 

Aujourd’hui, je vous propose donc par le biais d’une petite balade sportive de revenir en arrière dans le temps, et découvrir un pan de notre Histoire, comment les limites de Paris sont devenues celles que nous connaissons aujourd’hui. L’occasion pour moi de lier deux passions : celle d’aller galoper sur l’asphalte, et la connaissance et découverte de notre patrimoine et histoire.

Les Boulevards des Maréchaux, ceinture interne de Paris

Pour commencer, il convient de revenir sur ce que sont les boulevards des Maréchaux, que j’ai emprunté durant ce tour de Paris long de 33,7 kilomètres (34,4 à la montre). Il s’agit d’un ruban quasiment continu de boulevards ceinturant la ville, à quelques encablures des limites administratives parisiennes et 150 mètres en moyenne du boulevard périphérique.

Les boulevards relient les nombreuses portes de Paris qui permettent de quitter la capitale à intervalles régulières. Aujourd’hui grandes voies de transport bordées de nombreux équipements collectifs et habitations, on aurait peine à croire leur fonction première et leur origine. Mais pour comprendre un peu mieux tout cela, revenons un peu en arrière.

Une enceinte militaire pour protéger la capitale

Depuis la démolition de la dernière enceinte de Paris sous Louis XIV, la capitale est une ville ouverte, exposée aux attaques et invasions. Le besoin de fortifier et protéger de nouveau la ville ne se pose pourtant plus à l’époque, la puissance militaire du pays assurant de contenir l’ennemi aux frontières. Cet impératif ressurgit néanmoins à un tournant de l’histoire de notre pays, avec les guerres révolutionnaires de 1792 et 1793, et les guerres napoléoniennes. Des lignes de défense sont entreprises autour de la capitale, un système de redoutes est établi au nord et à l’est, puis prolongé au sud. C’est l’absence de toute défense à l’ouest qui permettra aux pays alliés contre la France d’entrer en 1814, puis après Waterloo.

Après une telle défaite, et face à la montée des tensions internationales dans les années 1830-1840, le gouvernement chercher à redonner à Paris les moyens de se protéger. En 1840, le projet final de fortifications est adopté, sous l’égide d’Adolphe Thiers, président du conseil. On décide de tracer une enceinte continue tout autour de la ville et de sa banlieue proche, et d’appuyer cette défense d’une suite de forts plus éloignés.

Fortifications de Paris et ses environs en 1841
Fortifications de Paris et ses environs en 1841

Un autre but non avoué a pu également être de protéger ainsi le pouvoir en place de l’ire des Parisiens si la populace venait à nouveau à se révolter, après les fréquentes émeutes insurrectionnelles des dernières années (1832, 1834, 1839). Le maintien ainsi justifié d’un important contingent de troupes pour tenir l’enceinte assure au gouvernement une tranquillité d’esprit et d’action face aux troubles intérieurs.

Plan de Paris fortifié et des communes environnantes - Carte Andriveau & Goujon 1846
Plan de Paris fortifié et des communes environnantes - Carte Andriveau & Goujon 1846

En dépit de vives protestations, les travaux commencent dès 1840 et sont menés rapidement, si bien que l’enceinte est achevée en 1844. 94 bastions sont construits, sur une longueur d’enceinte totale de 33 kilomètres, ouverte par 17 portes, 23 barrières, 8 poternes, 8 passages de chemin de fer et 5 passages de rivières et canaux.  Une caserne occupait le renfoncement de chacun de ces fortins. L’enceinte possède en outre une emprise de 120 à 150 m, avec une route militaire intérieure, afin de circuler entre les différentes casernes et acheminer les troupes, et un fossé de 40 m à l’extérieur. Elle est complétée par une zone inconstructible de 250 m à l’extérieur (appelée « glacis »), totalement vierge d’habitation et de végétation afin de permettre un champ de tir optimal. Cette défense est parachevée par une couronne extérieure de 16 forts détachés en région parisienne. Enfin, une voie de chemin de fer est construite entre 1851 et 1862, la ligne de la « petite Ceinture », faisant le tour de la périphérie parisienne afin de ravitailler les bastions.

Difficile d’imaginer d’après les plans et les photos présentés ici de telles installations militaires aux abords de la capitale. Et pourtant, la création de cette enceinte a fortement influé sur le Paris que nous connaissons aujourd’hui. Les portes et barrières de l’enceinte de Thiers ? Ce sont aujourd’hui les différentes portes menant au périphérique et à l’ensemble des voies permettant de quitter la cité parisienne. La route militaire ? C’est l’ancêtre des boulevards des Maréchaux actuels. Car si cette construction n’est à l’origine que purement militaire, elle va devenir un élément clé de l’histoire politique et urbanistique de la capitale.

D’un but militaire à une utilisation politique et fiscale

Quand l’enceinte de Thiers est construite en 1844, elle englobait non seulement Paris, bien moins étendue qu’aujourd’hui, mais également d’autres villages autour de la capitale, comme ceux de Vaugirard et Grenelle par exemple. Ainsi, entre 1844 et 1860, les bourgs alentours se retrouvent complètement ou partiellement imbriqués entre le mur des fermiers généraux, limite administrative de Paris, et l’enceinte de Thiers.

Mais, en 1860, Napoléon III décide d’intégrer ces bourgs dans la ville de Paris, repoussant les limites territoriales au glacis de l’enceinte de Thiers. Cette annexion commence à mieux dessiner la ville que nous connaissons, désormais dotée de ses 20 arrondissements actuels. Il faudra attendre quelques décennies de plus pour voir les limites de Paris définitivement fixées, avec notamment l’intégration des bois de Vincennes et Boulogne.

Les fortifications deviennent ainsi enceinte fiscale au-delà de leur fonction militaire, et la rue militaire est remise à la ville de Paris et remplacée par les actuels boulevards des Maréchaux en 1861. Ce nom provient du fait qu’à leur création, la totalité de ces boulevards portaient des noms de maréchaux du Premier Empire. Trois portions sont néanmoins rebaptisées par la suite : en 1932, une section du boulevard Lannes est renommée boulevard de l’Amiral-Bruix (un amiral de l’armée napoléonienne) ; en 1987, une section du boulevard Victor devient boulevard du Général-Martial-Valin (un général de l’armée de l’air de la France libre) ; et en 2005, une partie du boulevard Masséna est rebaptisée boulevard du Général-d’Armée-Jean-Simon (un autre officier de la France libre, Compagnon de la Libération). Ce sont les seuls à ne pas être des maréchaux du Premier Empire.

Une défense finalement inutile

Si l’enceinte de Thiers est désormais un enjeu politique, son but originel militaire ne fait pourtant rapidement plus l’unanimité. Cette défense militaire construite à grands frais se révèle rapidement obsolète face à une artillerie prussienne à la pointe de la technologie en 1870. En l’effet, l’artillerie française disposée dans les fortifications détenait une portée bien inférieure à celles des canons de l’armée de Bismarck, si bien que les troupes germaniques n’eurent aucun mal à encercler la capitale.

Pire, suite à la défaite française, la Commune se met en place au sein de la capitale, avec les affrontements sanguins qui s’ensuivront entre peuple parisien et troupes versaillaises. Au cours de ces événements, le gouvernement constate que non seulement ces défenses sont obsolètes en cas d’attaque, mais elles peuvent même être dangereuses en cas de révolte des Parisiens.

L’enceinte de Thiers, jugée inutile, est peu à peu délaissée, et de nombreux débats se jouent dans les décennies suivantes sur l’opportunité de la conserver. Abandonnée et non entretenue, la zone non aedificandi (glacis non constructible) se couvre de baraques et constructions sauvages en tous genres, véritable bidonville aux portes de Paris. Celui-ci grossit jusqu’à accueillir plus de 30 000 habitants à la veille de la première guerre mondiale. Cette bande était alors désignée comme la « Zone », et ses miséreux habitants comme les « Zoniers ».

Déclassement de l’enceinte et nouvelles constructions

Des négociations entre l’Etat et la ville de Paris aboutirent par la loi du 19 avril 1919 au déclassement et à la cession de l’enceinte à la ville de Paris. Les fortifications sont progressivement détruites jusqu’en 1929. En 1953, la zone non aedificandi est abrogée.

Démolition Enceinte de Thiers
Démolition Enceinte de Thiers Source Gallica.bnf.fr Bibliothèque nationale de France

Le démantèlement de l’enceinte et la mise à disposition de nouveaux terrains conséquents aux portes de Paris permet d’urbaniser cette large ceinture vacante à l’extérieur de la ceinture de boulevards. Cette immense réserve foncière allait changer durablement le visage des abords parisiens et donner naissance aux limites telles que nous les connaissons, avec de nombreux équipements collectifs notamment.

Des projets avaient rapidement émergé à la suite des premières destructions, dont notamment celui d’une immense ceinture verte avec jardins, hôtels et casinos, ou encore des programmes d’habitations entourées de jardins, dans la lignée des théories urbanistiques hygiénistes en vogue à cette époque. Cependant, la lenteur des destructions met un terme à nombre de ces projets, et on retient davantage l’idée d’une « ceinture rouge » de 40 000 HBM (Habitations à Bon Marché, ancêtre des logements sociaux).

La mairie de Paris utilise également cette manne de terrains à sa disposition pour doter les parisiens de nombreux bâtiments et équipements publics qui leur manquent encore, comme le parc des expositions de la porte de Versailles ou le palais de la Porte Dorée (ancien musée des Colonies). De nombreux parcs sont également crées, comme le square Séverine, le parc Kellermann ou le parc de la Butte du Chapeau-Rouge. Les pavillons de la cité internationale universitaire de Paris sont également créés à cette époque. Les équipements sportifs ne sont pas en reste avec le stade Charléty, le stade Jean-Bouin et la piscine Molitor, ou encore le vaste chapelet de gymnases et stades d’athlétisme qui égrènent les portes de Paris. Sportifs, adeptes du fractionné du mardi ou jeudi soir, vous savez donc désormais pourquoi il vous faut aller encrasser vos poumons près du périphérique pour tâter le tartan !

Cliquez sur les images pour les agrandir.

Enfin, cet espace gagné permet surtout de mettre en place de nouvelles infrastructures de transport. Après la Seconde Guerre Mondiale, la démocratisation de l’automobile et le volume grandissant de la circulation amène à réfléchir à la construction d’une nouvelle ceinture de transport. Ce sera le fameux périphérique de Paris, construit aux limites du glacis de l’enceinte de Thiers, entre 1958 et 1973.

Les Boulevards des Maréchaux ont également été réaménages pour faire la part belle aux nouvelles mobilités, avec la construction des lignes de tramway T3a du pont du Garigliano à la porte de Vincennes, et T3b de la porte de Vincennes à la porte d’Asnières. Des pistes cyclables viennent compléter le tout.

Un peu de tout rencontré sur le parcours : Cliquez sur les images pour les agrandir.

On le voit donc, la création des fortifications de l’enceinte de Thiers en 1840 a eu un impact considérable sur le Paris d’aujourd’hui. Si cette enceinte n’a plus désormais laissé que peu de traces, elle a en grande partie fixée les limites territoriales de la capitale, et a laissé un vide foncier qui explique aujourd’hui l’urbanisme particulier entre le boulevard des Maréchaux et le boulevard périphérique, constitué de nombreux logements sociaux et équipements collectifs. Entre vestiges d’hier et installations d’aujourd’hui, l’œil collé sur l’appareil photo et non pas sur la montre pour une fois, cela valait bien une petite balade sportive.

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