Et maintenant

Et maintenant ?

A la veille du déconfinement, ce fameux jour d’après, ce mirage tant attendu, la question est légitime. Et maintenant, qu’allons-nous faire ? Après deux mois à rester enfermés, à tourner en rond entre quatre murs plus ou moins rapprochés, à parler à son ballon, ou à n’avoir vu visage humain que par l’intermédiaire d’un écran skype, à alterner angoisses et Netflix en série, quelle est la suite ?

Le jour d’après, la libération tant attendue, n’aura pas véritablement lieu. Ceux qui espéraient un retour à la vie d’avant, à la douce liberté à laquelle nous nous étions habitués, à la frivolité et l’insouciance, en sont pour leurs frais. Un mirage, une semi-liberté conditionnelle qui ne change fondamentalement pas grand-chose. Il va falloir faire avec, continuer, avancer, se réinventer, trouver de nouvelles habitudes et de nouveaux ancrages pour tenir dans une réalité bien différente d’autrefois. D’où cette question : Et maintenant, qu’allons-nous faire ?

De ce temps, de cette réalité alternative, dystopique, de cette absence de contacts, de la privation de la douceur sociale, de la fin de tous ces petits riens qui faisaient le sel de nos existences. Ces petites choses imperceptibles, qui semblaient acquises, insignifiantes, immuables, et dont pourtant aujourd’hui l’absence nous rend la bouche pâteuse, incapables de comprendre où sont passées ces saveurs d’un autre temps.

Un bilan ? Quel bilan ?

Je ne suis pas de ceux qui considèrent que « nous ressortirons plus forts de tous cela », « nous changerons pour le mieux », « cela nous permettra de renforcer nos points faibles », « nous apprendrons de tout cela ». Il n’y a pas de force ou d’apprentissage à tirer nécessairement de l’adversité, des difficultés, de la maladie ou de la mort. C’est là, ça existe, ça nous arrive, c’est tout. Point. Le reste, croire qu’on va forcément en retirer quelque chose, c’est juste une manière de se rassurer, se faire croire que tout arrive pour une raison et qu’il y aura forcément du positif dans tout cela.

« On apprend de ses erreurs » paraît-il. Faux. Généralement, nous sommes condamnés à refaire sans cesse les mêmes erreurs, juste d’une manière légèrement différente. On apprend rien ou si peu d’une période d’enfermement et de solitude, tout simplement parce qu’il n’y a pas nécessairement quelque chose à apprendre de tout. Et comme il n’y a pas de force à retirer du fait d’avoir été affaibli ou meurtri.

Si nous en avons retiré quelque chose, appris quelque chose, c’est que c’était déjà en nous, et que nous ne voulions pas le voir, ou plus certainement ne prenions pas le temps de le voir. Les gens cherchent à se fuir, à ne pas se retrouver confrontés à eux-mêmes, à leurs démons et leurs doutes, en faisant mille activités, en s’entourant tout le temps du plus de personnes possibles, en évitant toute introspection. Au final, la personne qui nous fait le plus peur dans la vie, ce ne sont pas nos parents ou nos patrons, c’est nous-même. Plus difficile de se cacher certaines choses quand on est seul avec soi-même 24 h/24. Mais c’était déjà en germe en nous, confinement ou pas, épreuve ou pas.

Je savais déjà qui j’étais et ce que j’étais avant le confinement. Ce n’est pas de passer 60 jours enfermés avec moi-même qui va m’en apprendre davantage. Je sais ce que je suis, ce que je ne suis pas, ce que j’aime, ce que je n’aime pas, ce que je veux, ce que je ne veux pas. End of the story.

Ces presque 2 mois m’ont apporté personnellement des choses, m’ont permis de mener à bien certains projets, de me retrouver, me recentrer sur moi-même et prendre du recul sur certaines choses. Mais c’est davantage lié à un moment particulier de ma vie qu’à un confinement étatique. Ces émotions que j’ai pu éprouver, ces pensées que j’ai pu avoir, ces expériences que j’ai pu vivre durant ces deux derniers mois, auraient eu lieu quelle qu’ait été la situation sanitaire.

Le confinement m’a juste empêché de sortir comme je le souhaitais et de voir les personnes que je désirais. Ce que j’ai vécu de positif pendant ces deux mois, je l’aurais vécu en dehors de cette situation épidémique. La seule chose que ça m’a accordé, c’est du temps que je ne voulais pas prendre. En revanche, pour le négatif…

Les choses sont ce qu’elles sont. Il a fallu composer avec, occuper son temps, modifier ses attentes, ses aspirations, ses projets. Vivre, ou survivre, au jour le jour, avec parfois ses coups de moins bien et ses angoisses, pour passer ce vide existentiel, pour faire en sorte que le temps ne s’étire pas trop, et qu’il soit malgré tout porteur d’un sens. Un sens différent, d’une utilité toute relative, mais qui apporte du positif dans un environnement de noirceur.

On m’objectera qu’il n’y a pas d’obligation à « réussir » son confinement. Je répondrais que la notion de réussite est toute relative, et que ces détracteurs portent déjà un jugement plutôt mélioratif de l’activité de leur voisin ce faisant. On a tout à fait le droit de ne rien vouloir faire de son confinement et de rester dans son canapé. Comme on a le droit de faire plein de choses et d’en être fier. J’aime être actif, occuper pleinement et au maximum mes journées, me lever tôt, étirer le temps en faisant plusieurs occupations en même temps. Nulle raison que je le cache parce que certains considèrent cela comme une injonction à l’activité. Chacun est et fait ce qu’il veut, sans jugement. Confinement comme hors confinement, chacun est libre de son temps sans avoir à culpabiliser d’en faire trop ou pas assez.

Se réinventer et s’adapter

Mais quels que soient les sentiments que l’on puisse avoir pour cette période peu faste de notre existence, le confinement est désormais en passe de s’achever, du moins pour l’instant. Et s’ouvre une autre période encore plus incertaine, tout aussi porteuse de restrictions et d’angoisses, d’occasions ratées, de projets reportés. Et maintenant ?

Personnellement, je pense qu’il faudra se réinventer, trouver de nouvelles manières de vivre, se déplacer, cohabiter, se voir, pour un petit moment. S’adapter, voir au jour le jour, essayer de se projeter sur des projets plus personnels et individuels, qui demandent moins de moyens, si ce n’est notre volonté. Car elle, elle n’est pas confinée, loin de là.

Je n’ai pas l’intention de me laisser enfermer dans une douce isolation loin de tous projets et rêves d’avenir, « en attendant ». La vie continue, incertaine, mouvante, fluctuante. Elle demandera de l’adaptation, de la résilience, de se battre encore davantage, de prendre plus de précautions. Mais cela ne signifie pas que tout s’arrête, qu’il faut attendre que les jours, les semaines, les mois passent, en espérant, peut-être, un jour, un retour à la vie d’avant. Parce que, soyons honnêtes, derrière cette façade de « il faut que les choses changent », nous voulons tous au contraire revenir à nos certitudes et nos habitudes pré-existantes, n’est-ce-pas ? L’Homme n’aime ni le changement ni l’incertitude, et fera toujours tout pour revenir à ce qu’il connait. Combien sont ceux qui appellent à changer nos modes de consommation à la suite des derniers événements, et dans le même temps se lamentent de ne pas pouvoir refaire leur garde-robe ou partir en vacances à l’autre bout du monde ?

Tous les projets que j’avais se sont effondrés. Je n’en avais déjà plus beaucoup, du fait d’un contexte professionnel pour le moins compliqué. J’ai perdu beaucoup durant ces derniers mois : tous mes projets, souhaits d’avenir, dossards, rêves de courses et records, avenir professionnel, relations personnelles,… Il me faut désormais faire table rase de tout cela, terminer d’éliminer les tâches du passé pour me relancer vers l’avant et l’avenir.

Que fait-on quand une maison a été ravagée par une tempête ? Se contente-t-on de rester assis prostré en contemplant ce qu’ont et auraient pu être les choses ? Peut-être un certain temps. Mais ensuite on se relève et on retrousse les manches. On élimine les décombres, on balaie le sol. On garde ce qui doit être gardé, on démolit les fondations faibles. Et on rebâtit, brique par brique, de manière minutieuse, lente mais assurée. On se reconstruit un toit sous lequel s’abriter et vivre, retrouver la douceur d’antan quand il en sera venu le temps.

Des projets, il y en a à nouveau un paquet dans la tête. Certains sont initiés. Certains, « simples », seront réalisés sous peu. D’autres, plus compliqués, prendront plus de temps. D’anciennes envies seront abandonnées. D’autres referont surface en temps voulu. Enfin, de nouveaux émergeront. Il y a encore tellement à faire, même enfermé dans ma prison solitaire de Montreuil.

Il conviendra de reposer les bonnes briques, faire les choses dans l’ordre, prendre son temps, accepter les inévitables moments de doutes et de déprime, manger du chocolat pour rebondir, faire ce qui est nécessaire.

Il y aura des moments de doute, des coups de mou, des angoisses, des soirées de déprime, des crises de boulimie pour mieux oublier les problèmes, c’est indéniable. Mais il y aura aussi des moments d’accalmie dans la tempête, des visions de havres de paix, des victoires, des jours heureux. C’est à cela qu’il faut se raccrocher et qu’il faut viser, au travers des remous et marées. Je le dis au lecteur qui viendra s’égarer entre ces lignes, autant qu’à mon moi de dans quelques semaines, quand il aura besoin de venir retrouver de la force dans des mots écrits dans une humeur plus combative.

En attendant le nouveau monde, c’est un environnement bien sombre et solitaire qui nous attend. Le combat est désormais de retrouver des perspectives et remettre un peu de couleur dans une palette un peu terne. Je l’ai déjà dit, la vie c’est comme la course. La ligne d’arrivée est loin, l’effort est encore long, mais il ne faut rien lâcher et continuer à avancer pas après pas, au milieu des coups de bien et de moins bien, faire preuve d’endurance, de rigueur et de modération pour s’assurer de sourire sur la photo finish.

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